Ça faisait presque une bonne vingtaine de minutes qu'on marchait, enfin plutôt que j'essayais de le suivre tant bien que mal. Il avait une démarche très énergique, par un moment j'aurais même juré le voir voler et non plus marcher. J'ignorais totalement où il avait décidé d'aller et de m'emmener, nous avions commencé par quitter le parc, puis longé au moins une dizaine de rues, il m'avait complètement désorienté mais je ne savais si c'était fait exprès ou si c'était vraiment le chemin pour aller à ce mystérieux endroit jusqu'où je devais le suivre. Mes jambes ne tenaient plus, je les sentais flageoler, mon front perlaient de grosses gouttes de sueur et pour finir mes cheveux, que je n'avais pas pris soin d'attacher, étaient plus ébouriffés que jamais.
Brusquement, il s'arrêta net et se retourna pour voir où j'étais. 10 mètres derrière lui, j'avançais certes mais je dois le reconnaître, beaucoup moins vite qu'au début.
« Ca va ? Pas trop fatiguée ? » Commença-t-il d'une voix grave dès que je fus à sa hauteur.
« Non, non ca va... » Menti-je.
« Tant mieux alors car il nous reste encore quelques pâtés de maisons avant d'arriver en lieu sûr » répondit-il de la même intonation que précédemment.
« D'accord » bougonnai-je.
Etant petite, on m'avait très vite décelé une forme d'asthme qui ne m'avait jamais posé de problèmes durant mon enfance jusqu'à aujourd'hui. Mais aujourd'hui, c'était différent, je sentais les palpitations de mon c½ur s'amplifier brusquement et je respirais difficilement, par petits intervalles d'air. Cependant j'essayais de dissimuler tant bien que mal mon essoufflement et ma fatigue mais ça devait être lamentable car en dépit de mes efforts, il posa son regard sur moi et me dévisagea de la tête aux pieds.
« Tu ne sais vraiment pas mentir » finit-il par dire.
« Je n'y suis jamais vraiment parvenu » répondis-je en m'asseyant sur le rebord en pierre qui se trouvait à quelques mètres, il me suivit et fit de même. Mes pieds me brûlaient et une question me torturait l'esprit, je décidai de me lancer.
« Tu as quel âge ? »
« 18 ans » dit-il en regardant droit devant lui.
« Alors tu as l'âge de conduire, d'avoir le permis, pourquoi n'es-tu pas venu en voiture, ça nous aurait évité tout ce chemin ! » m'exclamai-je.
Son regard dévia immédiatement pour se poser sur moi, il me fixa droit dans les yeux d'un profond regard noir qui me fichait la chair de poule. A ce moment précis, je retrouvais à côté de moi le type effrayant du parc. Comprenant au bout d'un long moment de silence qu'il ne répondrait pas, ce qui m'énervait encore plus, je fis mine de l'ignorer tout en reprenant mon souffle. Son regard se détourna brutalement et il finit par rompre la pesanteur du silence qui s'était installé entre nous.
« Je ... » commença-t-il d'une voix très mal assuré, ce qui ne semblait pas lui ressembler du tout.
Très surprise qu'il décide enfin à parler, je me tournai vers lui.
« Non rien, tu comprendras là-bas, je ne suis pas assez fort pour te le dire moi-même, je me contrôle du mieux que je le peux depuis tout à l'heure, ça commence à devenir trop dur pour moi, continue sans moi, je plaisantais tout à l'heure, l'endroit où tu dois aller est moins loin que je ne te l'ai dis. C'est tout au bout de cette rue, à ta droite tu trouveras un petit escalier en marbre noir, descends-le jusqu'en bas, il faut ensuite que tu longes la galerie dans laquelle tu te trouveras, cependant fais attention aux mauvaises rencontres ! Au fond, tu y trouveras ce que tu recherches » récita-t-il telle une machine.
Ses mains tremblaient, son front suait tout d'un coup alors que je ne l'avais pas vu s'essouffler un seul instant depuis qu'on était partis du parc. Il avait les yeux fermés. Mille et une questions se bousculaient dès lors dans mon esprit.
« Mais ... mais je ne vais pas te laisser là ainsi, tu as l'air très mal en point ... Il faut que tu te reposes, viens avec moi » répondis-je en m'approchant lentement de lui et mettant ma main sur son épaule.
« Laisse-moi, tu n'as donc pas compris ce que je viens de te dire, va là où je t'ai dis, fais uniquement ce que je t'ai dis et rien d'autre. Je vais bien, ne t'en fais pas pour moi » rétorqua-t-il gravement en dégageant son épaule de ma main brutalement.
« Mais qu'est-ce que tu veux dire par « mauvais rencontres » ? Explique-moi au moins » m'entêtai-je.
« Tu comprendras quand tu y seras, pour le moment ne discute pas et vas-y, on t'attend là-bas ! »
« On m'attend ? Mais et toi ? Je vais dire quoi moi à ces gens ? »
« Ne t'inquiètes pas, tu lui diras que j'ai eu quelques problèmes de contrôle, il comprendra » dit-il toujours aussi tremblant.
« Qui ça « il ? » ne pouvais-je m'empêcher de répliquer une dernière fois. Le sentiment de curiosité se faisait de plus en plus grand à chaque seconde qui s'écoulait désormais.
« File ! » conclut-il en enfouissant la tête dans ses bras. Je compris alors que notre conversation s'arrêtait là-dessus.
La perspective de continuer à pied et, qui plus est, toute seule ne m'enchantait pas, bien au contraire. J'avais eu cependant le temps de reprendre une respiration convenable mais mes pieds me faisaient toujours aussi mal. Après un dernier bref regard à Jimmy, je partis dans la direction qu'il m'avait indiquée. La rue était déserte à part quelques passants sur le trottoir d'en face qui me dévisageaient comme si j'étais une martienne. Bon certes, mes cheveux laissaient certainement à désirer, je suis sûre qu'il y aurait eu un miroir dans le coin je n'aurais pas pu me regarder dedans tellement j'étais persuadée d'avoir la coiffure d'une sorcière mais ça ne m'empêcherait pas de continuer te d'aller jusqu'au bout. Vous voyez jusqu'où et jusqu'à quel point la curiosité peut nous pousser parfois lorsqu'elle est trop intense ou trop grande. Je me dirigeais vers un endroit dont j'ignorais l'existence pour y rencontrer, je l'espère, la personne qui a chamboulé mon esprit la veille avec un simple coup de téléphone. Je ne pouvais me résoudre à renoncer, il fallait absolument que je sache, que j'ai des réponses à mes questions et pourvu que je ne fasse pas de « mauvaises rencontres ». Ainsi, j'arrivais enfin au bout de la rue et découvrit l'escalier en marbre à l'emplacement même où Jimmy me l'avait précisé. Je descendis et m'enfonçai dans une sombre obscurité, en guise de lumière je n'avais plus que mon portable qui m'éclairait. Oh mon Dieu ! J'avais complètement oublié le texto que je devais envoyer à ma mère !!!! Illico presto, je m'assis sur la dernière marche en marbre froid de l'escalier et commença à l'écrire, il était près de 13h00, elle devait surement attendre mon message avec grande impatience.
Voilà, envoyé !
Je lui avais marqué ceci :
Maman, je ne mange pas à la maison, je suis passée à la boulangerie et j'ai grignoté quelques petits trucs et là je passe l'après-midi dans le parc, je profite du soleil et du calme qu'il y règne. Bisous à ce soir, ne t'inquiètes pas, je ne rentrerais pas tard, promis ! Je t'aime.
Je lui avais menti, j'en étais consciente et je n'aimais pas faire ça mais c'était le mieux à faire pour qu'elle ne s'inquiète pas.
Soudain, un bruit surgit du fond de la galerie, je me relevais et m'enfonça sans trop d'assurance vers le fond comme me l'avait demandé Jimmy. Je me souvins des « mauvaises rencontres » dont il avait parlé, c'était à ce moment-là du parcours qu'ils les avaient abordés afin de me mettre en garde. Je devais aller tout droit, toujours tout droit, encore tout droit mais les bruits se rapprochaient au fur et à mesure que j'avançais, ça ne ressemblait même plus à des bruits mais à des cris.
Tout à coup, je sentis quelque chose sur ma tête, quelque chose qui s'agrippait très fort à mon cuir chevelu et qui me faisait mal ! Je sentais que ça bougeait, n'ayant pas une frayeur des insectes je secouai la tête afin de le faire tomber mais je sentais que ça s'agrippait encore et toujours plus fort. Je décidai donc de faire avec ma main et tâtai le haut de ma tête à l'aide de mes mains ... Je sentais quelque chose mais quelque chose de velu, j'eu à peine le temps de saisir la chose pour la retirer de mes cheveux que ...
« Aïe » criai-je en retirant immédiatement mon doigt, la sale bête m'avait mordu, je gardais tant bien que mal de garder mon calme même si j'étais tétanisée à l'idée d'avoir un animal dans mes cheveux, je pouvais désormais affirmer qu'il ne s'agissait pas d'insecte comme je le pensais.
« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah une chauve souris » m'époumonais-je.
Deux petits yeux brillants me regardaient face-à-face, la tête à l'envers. Je courus aussi vite que mes jambes me le permettaient encore, secouant ma tête de gauche à droite le plus vite possible que je pus dans l'espoir que l'animal tombe ! Au bout d'une cinquantaine de mètres, la chauve-souris relâcha l'étreinte, tomba à terre puis s'envola vers le début de la galerie, là d'où je venais. C'était donc ça les « mauvaises rencontres » dont m'avait averti Jimmy !
Mes pauvres cheveux, ils en avaient subi des galères aujourd'hui pensai-je.
« Ils n'en ont plus pour très longtemps rassure-toi ! » s'esclaffa une voix que je reconnus tout de suite.